Au-delà de « Bruxelles » : l'ambassadeur belge Jeroen Vergeylen parle de l'unité, du commerce et de la culture de l'UE en Hongrie – INTERVIEW EXCLUSIVE

Aujourd'hui, 21 juillet, jour de la fête nationale belge, S.E. Jeroen Vergeylen, ambassadeur de Belgique en Hongrie, revient sur les valeurs qui ont fondé son pays, l'évolution des relations bilatérales avec la Hongrie et l'engagement de la Belgique en faveur des objectifs européens communs. Dans un entretien exclusif, il partage son point de vue sur la diplomatie au-delà de la politique bruxelloise, les opportunités de coopération renforcée et les raisons pour lesquelles les investisseurs, les artistes et le chocolat belges continuent de laisser leur empreinte en Hongrie.
Nouvelles quotidiennes Hongrie : La fête nationale belge a lieu le 21 juillet. Que célèbrent exactement les Belges ce jour-là ?
S.E. Jeroen Vergeylen: Nous commémorons le serment du premier roi des Belges, Léopold Ier, le 21 juillet 1831, l'année suivant notre indépendance en 1830. Le premier serment du roi comprenait un engagement à respecter la Constitution, un acte qui faisait de lui l'un des premiers monarques constitutionnels, soumis au peuple représenté au parlement, une approche assez moderne à l'époque.
De plus, la constitution belge de 1830 était l'une des plus libérales d'Europe à l'époque. Elle garantissait des valeurs fondamentales comme la liberté de la presse, de religion et d'enseignement. C'est pourquoi la Belgique a attiré de nombreux penseurs modernes et combattants de la liberté, dont Lajos Kossuth, qui a vécu quelque temps à Bruxelles avant de se rendre aux États-Unis.
La mère de Kossuth, qui avait fui la Hongrie avec lui, est restée à Bruxelles, où l'on peut encore visiter sa tombe. Depuis cette époque, la Belgique est un pays ouvert d'esprit, caractérisé par des valeurs libérales, la libre entreprise, les droits individuels, le multilinguisme, la diversité culturelle et une qualité de vie pour tous. Ce sont ces valeurs que nous célébrons le 21 juillet.

DNH : Bruxelles, bastion de l'UE, est souvent mal perçue dans la communication du gouvernement hongrois. Si le message est simplifié pour les électeurs, la Belgique elle-même est rarement la cible. Comment décririez-vous les relations diplomatiques actuelles entre la Belgique et la Hongrie ? Quels sont les principaux domaines de coopération et quels sont, selon vous, des points à améliorer ?
Vergeylen: Nous comprenons que les critiques envers « Bruxelles » visent les institutions européennes et jamais notre capitale belge en tant que telle. Nous nous y sommes habitués. J'imagine que c'est le prix à payer pour accueillir ces institutions. Mais je dois admettre que cela fait un peu mal – Bruxelles reste le nom de notre capitale nationale, après tout.
Les relations strictement bilatérales entre la Belgique et la Hongrie sont cependant solides et constructives, fondées sur notre appartenance commune à l'UE et à l'OTAN. En tant que membre fondateur et hôte de l'UE et de l'OTAN, la Belgique défendra toujours ces organisations. Cela ne signifie pas que nous ne soyons jamais critiques, mais que nous les apprécions profondément et que nous nous efforcerons toujours de les protéger et de coopérer pour les rendre meilleures et plus fortes.
Bien qu'il existe des divergences de vues évidentes entre les gouvernements belge et hongrois sur certains principes et politiques de l'UE, nous entretenons toujours un dialogue ouvert et respectueux afin de garantir une approche unifiée face aux défis communs, fondée sur des intérêts partagés. Nous collaborons étroitement sur diverses questions européennes, notamment dans des domaines tels que le programme de compétitivité, devenu notre priorité commune.
La Belgique et la Hongrie se ressemblent à bien des égards. Nous sommes deux États membres de l'UE de taille moyenne, dotés d'économies ouvertes qui reposent fortement sur le libre-échange, l'ouverture des marchés et les investissements directs étrangers. Nous bénéficions tous deux d'une situation centrale dans nos régions respectives d'Europe et sommes donc des pays clés pour la connectivité logistique.
Nous sommes tous deux caractérisés par un tissu de PME solide qui a tout à gagner de l'innovation. Nos liens économiques sont solides, la Belgique étant l'un des principaux partenaires commerciaux de la Hongrie au sein de l'UE. Des secteurs comme la logistique, la défense, l'industrie pharmaceutique et les applications de haute technologie offrent un potentiel de croissance accru.

DNH : En tant qu’ambassadeur de Belgique en Hongrie, quels sont les messages les plus importants que vous souhaiteriez transmettre à la société hongroise ?
Vergeylen: Je voudrais transmettre un message de respect mutuel et souligner l'importance de la collaboration. La Belgique et la Hongrie partagent un lien européen profond. Notre histoire nous a appris ce que signifie être entourés de grandes puissances et être le champ de bataille de l'Europe.
Il est crucial que nous continuions à œuvrer ensemble pour renforcer l'Union européenne, qui constitue la meilleure garantie de préserver la croissance économique et de relever les défis mondiaux tels que la sécurité, notamment économique, le changement climatique, les migrations et la protection sociale. Par ailleurs, je tiens à souligner l'importance des échanges culturels et des liens interpersonnels, essentiels à la compréhension des traditions de chacun et à la construction d'amitiés durables.
La Belgique et la Hongrie entretiennent des relations historiques vieilles de plusieurs siècles et les contributions de la communauté belge en Hongrie, ainsi que de la communauté hongroise en Belgique, sont immenses. Nous devons nous appuyer sur ces bases solides pour bâtir notre avenir commun.
DNH : Ces dernières années, la migration est devenue un sujet central en Europe. Comment voyez-vous le rôle de la Belgique sur ce sujet et que pensez-vous de l'approche hongroise en matière de politique migratoire ?
Vergeylen: La migration demeure un sujet central en Europe, et la Belgique la considère à la fois comme une opportunité et une responsabilité partagée. Elle vise une politique migratoire proactive qui ne porte pas préjudice aux pays d'origine, en favorisant des partenariats durables, transparents et mutuellement bénéfiques.
Une part importante de la société belge trouve ses racines dans l'immigration. L'immigration a eu un impact positif sur la société belge, visible dans notre vie politique et culturelle, mais aussi sur le plan économique. Si la Belgique affiche l'un des ratios de revenu par habitant les plus élevés d'Europe grâce à sa productivité élevée, c'est certainement en partie grâce à la contribution de diverses vagues migratoires, notamment hongroises, à notre prospérité.
Parallèlement, la Belgique est consciente des effets négatifs de la migration incontrôlée sur la société dans son ensemble, mais aussi sur les migrants eux-mêmes, trop souvent exposés à des risques mortels liés aux pratiques illégales et aux passeurs. La Belgique s'engage à mettre un terme à l'immigration illégale et abusive, à assurer des retours plus efficaces, dans le respect du droit international, tout en veillant à ce que la migration légale, pour le travail ou les études, continue de contribuer à notre développement économique et social.
La Belgique continuera également à plaider en faveur de la mise en œuvre du Pacte européen sur l’asile et la migration, qui a été approuvé l’année dernière lors de la présidence belge du Conseil de l’UE, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires.
La Belgique estime qu’un dialogue ouvert et une coopération au niveau de l’UE sont essentiels pour trouver des solutions durables et humaines aux migrations, en veillant à ce que les défis soient relevés collectivement, dans le respect de la dignité humaine et de la sécurité de tous.
DNH : Quelle est la perspective du gouvernement belge sur le paysage géopolitique actuel, notamment en ce qui concerne la guerre entre la Russie et l'Ukraine et le conflit israélo-palestinien, qui s'est désormais transformé en une crise plus large au Moyen-Orient ?
Vergeylen: Le gouvernement belge perçoit le paysage géopolitique actuel avec une grande inquiétude, notamment au vu de la guerre russo-ukrainienne et du conflit israélo-palestinien en cours. Pour relever efficacement ces défis, il est crucial de maintenir une approche européenne forte et unie, garantissant une action coordonnée et une résilience face à ces crises. L'unité est notre force ; la division est notre faiblesse. C'est pourquoi nos adversaires cherchent constamment à semer la division entre nous. Ne tombons pas dans ce piège.
La Belgique condamne fermement l'agression non provoquée et illégale de la Russie contre l'Ukraine et s'engage à soutenir la souveraineté et l'intégrité territoriale de ce pays. La guerre en Ukraine met également en jeu la sécurité de la Belgique, de l'UE et de tous les autres États membres. Notre position est que la guerre doit cesser. La Russie pourrait le faire immédiatement si elle en avait la volonté. Dans le cas contraire, l'Ukraine devra continuer à se défendre et nous devrons continuer à lui apporter notre aide par tous les moyens possibles.
Parallèlement, nous devons œuvrer pour une paix juste et durable. En attendant, nous devons soutenir l'Ukraine de toutes nos forces, et la meilleure façon d'y parvenir est de collaborer au niveau de l'UE et avec nos autres partenaires et alliés. Nous pensons également que l'Ukraine a le droit de devenir membre de l'UE si toutes les conditions sont remplies. Il ne peut y avoir de raccourcis, ni de retards injustifiés.
Au Moyen-Orient, où nous sommes témoins des violations les plus horribles des droits de l’homme et du droit international, la Belgique plaide pour une solution à deux États au conflit israélo-palestinien et appelle à un dialogue pacifique, en soutenant les efforts visant à désamorcer les tensions, à prévenir de nouvelles violences et à protéger les civils.
L'approche globale de la Belgique se concentre sur la diplomatie, le multilatéralisme et le respect du droit international et des droits de l'homme partout dans le monde. Il est important de souligner que la Belgique ne prend pas parti : nous collaborons avec tous ceux qui souhaitent promouvoir la paix et prôner le respect du droit international par toutes les parties. Dans l'intervalle, l'accès à une aide humanitaire impartiale doit être garanti à tout moment.
DNH : Comment évalueriez-vous les relations commerciales entre la Belgique et la Hongrie et quels domaines présentent le plus grand potentiel pour renforcer davantage ces liens ?
Vergeylen: Les relations commerciales entre la Belgique et la Hongrie sont solides. Nos échanges bilatéraux s'élèvent à plus de 7 milliards d'euros par an et nous sommes le 12th le plus grand investisseur étranger en Hongrie, fournissant des emplois et des moyens de subsistance à plus de 9,000 XNUMX familles hongroises.
La plus grande entreprise belge présente en Hongrie est K&H Bank and Insurance, détenue par le groupe bancaire belge KBC. Troisième banque commerciale de Hongrie, elle compte plus de trois mille employés hongrois. D'autres secteurs comme l'agriculture, l'agroalimentaire, la logistique et la construction bénéficient également d'investissements importants.
Une grande partie de nos échanges bilatéraux concerne les produits chimiques et pharmaceutiques, un secteur dans lequel les entreprises belges sont leaders en Europe et très actives en Hongrie. Les entreprises belges et le port d'Anvers-Bruges participent également aux chaînes d'approvisionnement de l'industrie automobile, qui contribuent grandement à l'économie hongroise. Dans la perspective de l'élargissement de l'UE aux Balkans occidentaux, à l'Ukraine et à la Moldavie, la situation géographique privilégiée de la Hongrie pourrait permettre une augmentation significative du volume de nos échanges bilatéraux dans tous ces secteurs.
DNH : Le chocolat et la bière belges sont réputés dans le monde entier, mais quels produits hongrois sont populaires en Belgique ?
Vergeylen: Le chocolat et la bière belges sont certes appréciés dans le monde entier, mais la Hongrie exporte également plusieurs produits populaires en Belgique. Les vins hongrois, notamment ceux de la région de Tokaj, sont très appréciés, tout comme le paprika hongrois, un aliment de base dans de nombreuses cuisines belges.
DNH : La dernière fois qu'une grande chaîne hôtelière belge a ouvert son cinquième hôtel à Budapest, pourriez-vous citer d'autres entreprises belges importantes présentes en Hongrie ?
Vergeylen: Le cinquième Belge Hôtel Three Corners Située à Budapest, rue Nagymező, au cœur de Pest, l'entreprise belge est une véritable réussite en Hongrie. Plusieurs autres entreprises belges ont également un impact positif significatif.
En Hongrie, on trouve notamment des entreprises comme la banque et l'assureur K&H, Soudal (silicones, mousses et adhésifs), Carmeuse (production de produits à base de chaux et de calcaire), Puratos (produits de boulangerie et de chocolat), Gosselin (transport et logistique), Beltaste (produits alimentaires), Hunza (écotourisme), Terra Ungheria et Domani (céramique).
Ces entreprises couvrent un large éventail de secteurs, soulignant les liens économiques croissants entre nos deux pays. Cette année est également particulière puisque nous célébrons le 10 anniversaire de la création de l'Union européenne.th anniversaire de BELGABIZ, le dynamique Club d'Affaires Belge en Hongrie.
DNH : Bien que nous connaissions bien la beauté de villes comme Bruxelles, Gand et Bruges, existe-t-il des villes belges plus petites dont l’architecture ou l’atmosphère mérite plus d’attention ?
Vergeylen: Si des villes comme Bruxelles, Gand, Anvers et Bruges jouissent d'une renommée internationale, certaines villes belges plus petites méritent d'être reconnues. Des villes comme Louvain, qui abrite l'une des plus anciennes universités d'Europe, célèbre son 600 anniversaire.th anniversaire cette année, sont remplis d'une histoire riche et d'une belle architecture.
Malines, avec ses bâtiments médiévaux, est un autre joyau caché, abritant de magnifiques églises, des musées et une charmante vieille ville. De plus, la ville de Dinant, avec ses vues imprenables sur les falaises et son fort historique, offre un magnifique mélange de nature et de culture. C'est aussi le lieu de naissance d'Aldophe Sax, l'inventeur du saxophone.
Liège impressionne par son dynamisme et sa scène artistique dynamique, le tout dans un cadre urbain alliant patrimoine industriel et architecture audacieuse. Je pourrais également citer Namur, nichée au confluent de la Meuse et de la Sambre, avec sa majestueuse citadelle et sa charmante vieille ville.
Sans oublier Eupen, capitale de la communauté germanophone à l'est du pays, et sa nature pittoresque aux portes de la réserve naturelle des Hautes Fagnes. Enfin, la côte belge est une destination de choix, ne serait-ce que pour profiter des dunes de Coxyde ou déguster des croquettes de crevettes fraîches.
DNH : Budapest et le lac Balaton sont les destinations touristiques les plus populaires de Hongrie. Avez-vous des destinations préférées en dehors de ces deux-là ?
Vergeylen: En dehors de Budapest et du lac Balaton, la Hongrie regorge de régions magnifiques qui méritent d'être explorées. J'aime particulièrement la ville de Pécs, qui offre un mélange unique d'influences culturelles et d'architecture diversifiée. Le pass musées m'a permis d'y visiter cinq musées en deux jours, dont les musées Csontváry, Vasarely et Zsolnay, tous dotés de collections de renommée mondiale.
J'ai également un lien particulier avec Debrecen, ville à forte tradition néerlandophone de par son passé calviniste, où le néerlandais – l'une des langues nationales de la Belgique – est toujours enseigné dans sa célèbre université. La région de Tokaj, célèbre pour ses vignobles et ses traditions viticoles, se distingue également par son côté paisible et pittoresque.
J'ai eu le privilège d'y passer des vacances reposantes en famille. J'aimerais explorer les villages moins connus le long de la boucle du Danube, qui offrent une histoire riche, une culture hongroise traditionnelle et des paysages époustouflants.
DNH : Quelle est l'importance des relations culturelles entre la Belgique et la Hongrie ? Quels programmes culturels ont été organisés cette année, ou sont prévus pour l'année à venir, afin de renforcer les liens entre les deux pays ?
Vergeylen: Les relations culturelles entre la Belgique et la Hongrie sont d’une grande importance, les deux pays organisant activement des événements pour mettre en valeur leurs riches traditions et renforcer leurs liens.
Récemment, l'ambassade de Belgique en Hongrie a soutenu diverses activités culturelles, dont la projection d'un film belge au 15e Festival du Film Francophone. Parmi les autres temps forts, l'exposition « Circuit BD en Belgique » présentée aux universités de Pécs, Corvinus et ELTE a permis de découvrir la Belgique à travers l'univers unique de sa bande dessinée mondialement connue.
Par ailleurs, la Hongrie a accueilli l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège, dirigé par le chef hongrois Gergely Madaras, dans le cadre de sa tournée hongroise. L'orchestre a offert des prestations inoubliables dans certaines des plus belles salles de concert hongroises, notamment l'Académie Liszt de Budapest, Hangvilla de Veszprém et le Centre Kodály de Pécs – une occasion idéale de présenter le meilleur de la culture belge au public hongrois.
L'année dernière, nous étions très fiers de soutenir la semaine belge au MÜPA sous l'égide du Bridging Europe Festival, reliant cette fois Budapest à Bruxelles avec un programme d'une semaine de concerts belges, de projections de films et d'une exposition des architectes Art nouveau Victor Horta et Ödön Lechner.
À l’avenir, nous prévoyons d’organiser davantage d’initiatives de ce type visant à célébrer le patrimoine artistique et culturel des deux pays.
DNH : Et enfin, en matière de gastronomie : lorsque vous dînez dans un restaurant hongrois, quel serait votre choix idéal d’entrée, de plat et de dessert ?
Vergeylen: Dans un restaurant hongrois, je commencerais volontiers par un gulyásleves (soupe de goulasch) classique, un plat copieux et savoureux qui représente parfaitement la cuisine hongroise. Je le préfère légèrement épicé, s'il vous plaît. En plat principal, j'opterais sans hésiter pour une côtelette de mangalica juteuse, idéalement. Je suggérerais de le servir avec des choux de Bruxelles, accompagnés d'un bon verre de vin rouge ensoleillé de Villány. Pour terminer, je choisirais une part de gâteau Esterházy en dessert. Nous, Belges et Hongrois, sommes connus pour notre amour de la cuisine légère (sourire).
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